Le brochet, espèce ombrelle

Le brochet, seul ésocidé de France est le plus gros carnassier autochtone des eaux européennes. En tant que top-prédateur dans la structuration du réseau trophique, cette espèce présente un fort intérêt patrimonial, écologique et halieutique. Ces caractéristiques font du brochet une espèce emblématique à forte dimension culturelle ; certaines localités l’ont même choisi comme emblème.

Par son mode de reproduction, lié à la nécessité de milieux temporairement inondés, le brochet est une espèce fragile car les pressions anthropiques s’exerçant sur ses habitats de reproduction et de vie sont nombreuses. Ainsi, au cours du dernier siècle, les zones humides, dont font partie les prairies inondables, ont été détruites pour plus de la moitié d’entre elles. Milieux toujours très menacés aujourd’hui en raison de l’urbanisation, de l’intensification de l’agriculture ou encore des pollutions.
Le bassin de la Nive n’échappe pas à cet état de fait puisque trois quarts de ses cours d’eau présentent un état physique dégradé, lié aux nombreuses perturbations humaines passées et actuelles, comme l’assainissement hydraulique des terres pour l’agriculture ou l’aménagement de zones urbaines.

La préservation et la restauration de ces milieux sont des enjeux forts, d’autant plus qu’ils sont généralement caractétisés par une richesse faunistique et floristique exceptionnelle. En d’autres termes, la protection des milieux de vie du brochet est favorable à la sauvegarde de tout un cortège d’espèces (poissons, batraciens, invertébrés, plantes, oiseaux, etc.) et le maintien des populations de brochets témoigne donc du bon fonctionnement de l’écosystème aquatique. En outre, de nombreux services éco-systémiques sont rendus par les zones favorables au frai du brochet : épuration de l’eau, protection contre les crues, alimentation des nappes, etc. Ainsi la restauration des frayères à brochet est un objectif phare pour les gestionnaires de cours d’eau, tant pour l’aspect piscicole qu’écologique ou culturel.

Sur la partie aval de la Nive, les préoccupations de l’AAPPMA sont portées sur le brochet aquitain découvert sur la partie aval d’Ustaritz, et notamment sur la disparition de ses zones de reproduction. En effet, le brochet est considéré comme une espèce « ombrelle » c’est-à-dire qu’il joue un rôle primordial dans la santé de l’écosystème dans lequel il évolue et y assure un certain équilibre écologique.
Grâce au travail de Manon durant son service civique, une vingtaine de frayères potentielles ont été recensées sur la partie seconde catégorie de la grande Nive dans les environs d’Ustaritz. Toutes ces zones nécessitent des travaux d’améliorations et un programme de restauration a été mis en place.

La restauration, une nécessité
Depuis 2014, différents secteurs ont été restaurés. Les travaux consistent à reconnecter des zones inondables avec la Nive (de plus en plus rares) et d’y obtenir une rétention d’eau durant 2 mois minimum pour permettre la ponte et le développement des alevins. Pour cela, l’intervention de pelles mécaniques pour décaisser les zones comblées est nécessaire.
Au préalable il faut également éclaircir la végétation pour augmenter la luminosité sur la zone, facteur essentiel au bon développement des larves.

Près de 3 000 m2 de zone de reproduction ont donc été restaurés par l’AAPPMA. Cela profitera au brochet mais également à beaucoup d’autres espèces de poissons, de batraciens et d’oiseaux.

Aval Ustaritz

Travaux d’agrandissement d’une frayère existante en aval d’Ustaritz

Bilan Frayère Aval Ustaritz

La pêche électrique a été effectuée en juin 2018. Les résultats sont bons, le site fonctionne, y compris sur les nouvelles zones créées lors des travaux.

6 juvéniles (60 – 70 mm) ont été capturés, ainsi que 4 brochets provenant de la repro 2017 (180 – 250 mm). Comme il y avait eu des juvéniles capturés en 2016, cela signifie que le site a bien fonctionné 3 ans de suite !